08.05.2012

Période de grâce

Il n’a pas encore reçu le relais que ça tombe déjà dru.

Petit article quelque peu téléphoné par-ci, petite interview ouvertement partisane par-là, le mélange pleurs-menaces prend la suite des gesticulations du candidat vaincu.

Voilà le petit monde des grosses fortunes préoccupé par l’évolution sociale du pays. 6 421 426 voix pour le Front National, qui prône la sortie de l’Euro et la fermeture de frontières. Dans quel pays vivons-nous !

Voilà le petit monde des gestionnaires de fortune, des banques a dénomination variable et affaires communes ; le cercle élitiste s’il en est de notaires de la High Class et autres fonctions affines préoccupé par le risque de voir le nouveau Président « tiré vers la gauche » par Mélenchon et autres verts.

Voilà les grands passeurs de frontières harassés par l’excès de travail causé par la remise au goût du jour de possibles nouvelles fuites à Coblence.

Comment-cela est-il possible ? Quel mauvais sort a pu donner lieu à ce désastre, se demandent ces beaux esprits ? Certainement pas nous, n’est-il pas ?

La maison est en feu, dites-vous ? Attendez, avant de sonner les pompiers, qui salissent tout avec leurs lances à eau, aidez-moi à mettre mes meubles et mes coffres au frais, dans une quelconque montagne alpine ou dans l’air conditionné d’une belle demeure Caraïbe. Je l’aime, cette maison, mais que voulez-vous, ça ne va plus avec toute cette jalousie. Que le feu purifie tout, si nécessaire ; je reviendrai lorsque les braises auront refroidi, reconstruire nos jardins à la française. Personne n’aura à se plaindre, il y aura bien quelque chose à manger à l’office pour mes serviteurs.

Retour sur terre…

Quelques jours avant le premier tour, parmi d’autres Cassandres à contrecourant, le groupe de prévisionnistes du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP) mettait en avant ce qu’entrainerait le résultat prévisible de l’élection : « La victoire de François Hollande va déclencher une série de bouleversements stratégiques qui vont affecter fortement l'Europe et accélérer considérablement les transitions géopolitiques en cours au niveau mondial depuis le début de la crise globale en 2008. »

Le fondement principal de ces bouleversements tiendrait, pour le LEAP à la rupture d’avec : « l’inféodation sans précédent dans l'Histoire récente du pays à la puissance dominante américaine » qui a été la marque de la mandature de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy n’a pas « introduit » l’égoïsme dans la société française et plus particulièrement dans son volet économique, mais, obnubilé qu’il était par la société américaine et ses ressorts de fonctionnement, il a poussé au paroxysme ce facteur et a sacrifié l’équilibre social et économique propre à la France et à son histoire à sa version fantasmée de « l’Amérique »

Conduit de manière étriquée, sa politique économique n’a favorisé que des « amis » et non pas le pays. La France a ainsi continué sa désastreuse désindustrialisation et le chômage, aggravé par la crise, mais né des choix politiques appliqués, a augmenté jusqu’à des limites absurdes et difficiles à diminuer.

Le modèle allemand, découvert tardivement et surtout de manière incomplète n’a été pour le président sortant qu’une tentative de dernière chance de reprendre l’initiative politique face au risque de sa non réélection.

Et pendant ce temps, les inégalités ont continué à se développer, les quelques salaires abusifs de certains grands patrons n’étant que l’étendard de la dérive de toute une classe dirigeante.

C’est ce tableau qu’a à affronter la nouvelle Présidence dès son entrée en fonction, dans les jours qui viennent.

Dans ce tableau, pas d’état de grâce pour la nouvelle équipe, qui devra dès son arrivée élever quelques digues sociales, pas nombreuses, car les moyens manquent, et s’attaquer de suite à la réorientation économique du pays.

Seuls appuis disponibles : les mêmes qui lui ont fait confiance le 6 mai, qui devront lui fournir encore le 10 et le 17 juin les forces nécessaires pour mener à bien une tâche peu enviable.

Et à défaut d’état de grâce, accorder au Président élu le temps nécessaire pour nommer le gouvernement qui devra conduire cette première étape de la mandature et annoncer le détail venant compléter les mesures annoncées pendant la campagne.

(Lire la publication du LEAP du 15 avril 2012 ici)

(Lire : « François Hollande, les actions prévues pendant la première année de gouvernement » ici)

Jorcas

 

07.05.2012

Avant de sabler le champagne

Monsieur le Président, je vous félicite pour votre triomphe.

Maintenant, il faut aller à l’essentiel : ne lâchez en rien l’élan moral.

Depuis beaucoup trop de temps nous ne parlons que de chiffres, de trous financiers, de milliards manquants ou évaporés. C’était nécessaire. C’est encore nécessaire, mais ce n’est pas le seul sujet. Il est peut-être le plus important pour les actions à entreprendre, mais il n’est pas le premier à mettre en avant. La première étape est morale, exclusivement morale.

Monsieur le Président, vous avez montré que vous n’êtes pas couard, que vous ne vous laissez pas impressionner par des aboiements. C’est essentiel de donner un contenu pratique à cela. Il faut de suite des actes qui vous situent là où vos paroles vous portent et nous portent.

Vous avez annoncé une réduction de votre rémunération et de celle de vos ministres. Mon métier m’amène à savoir que cela ne changera rien aux comptes de la Nation. Mais ce geste venant le premier, venant sans perdre de temps en bavardages sur sa portée économique vous revêtira tout de suite d’un habit trop oublié par vos prédécesseurs, beaucoup de vos prédécesseurs, depuis longtemps.

Ce geste, ne suggère pas un quelconque angélisme, mais le courage d’afficher publiquement et fortement votre probité. Courage de donner l’exemple, chose essentielle pour le fonctionnement de la société, avant même que les comptables ne se penchent sur l’état de ses avoirs et de ses dettes.

N’hésitez pas à mettre face à leur image réelle tous et chacun de nos concitoyens. Il faut clairement dire : ce qui est en jeu est la preuve de la volonté d’être français, rien de moins. Que ceux qui mettent en avant leur égoïsme avant l’intérêt du pays assument publiquement leur déni.

C’est bien d’évoquer le programme du Conseil National de la Résistance, ce véritable moment d’honneur de notre histoire,mais il faut surtout redire pourquoi il a eu lieu, pourquoi il a fallu le conclure avec toutes les forces du pays, pourquoi il est un exemple de procédure, d’entente, d’unité devant la difficulté de ceux qui se sentent membres de la même Nation.

N’ayez pas peur, Monsieur le Président, de dire ces mots haut et fort, d’inciter tout un chacun à se montrer digne de l’honneur national qu’il revendique. Il n’est pas question de remettre des piloris dans tous les coins de rues, mais de ne pas avoir honte de dire que la morale exige de tous la protection du pays aux moments exceptionnels, difficiles.

Et celui-ci en est un.

Jorcas

 

03.05.2012

La table est servie

La plupart des paris sont perdus. Le pari le moins évoqué est gagnant. Voilà un bon résultat pour le (pardon : LE) débat.

Pourquoi ?

D’abord, parce que, n’en déplaise à tous ceux qui prédisaient que le grand chef de guerre allait mettre en pièces le « jeune » prétendant se sont trompés. Hulk n’a pas réussi sa transformation et l’accident industriel, la sortie de route prématurée du candidat Hollande n’a pas eu lieu.

Au contraire et c’est là que la chose a été passionnante : on a pu voir deux hommes se situer on ne peut plus clairement. Au sortir de ce débat, pas de place pour le doute, deux options clairement opposées sont face à face. Le choix n’aura pas à se faire sur la couleur d’une cravate pas plus que sur la supposée habileté de l’homme dit expérimentée.

C’est, d’un côté, un projet clairement orienté à droite (et même, en fin de débat, quelque peu pitoyablement à l’extrême droite) face à un projet de gauche humaniste, un projet qui, sans nier les difficultés et les efforts qu’il reste à faire, tant du fait de la crise que de la gestion partisane de la dernière mandature, remet l’humain au centre de l’objectif.

Les électeurs du front malencontreusement dit national auront à décider s’ils ont voté pour évoquer les idées qui ont si tristement marqué la moitié du siècle précédent, parce qu’ils partagent des points de vue essentiellement marqués par l’égoïsme et le rejet de l’autre ou pour se défouler de leur rage par la voix la plus absurde mais la plus gueularde.

Les électeurs du Modem, devront sortir de leur ni-ni vide et opter par le retour à l’ancienne écurie ou se rappeler ce que peuple veut dire de solidarité, d’humanité, d’équilibre entre les composantes de la Nation. Pas la nation souillée par la xénophobie et l’ignorance de la réalité historique de ce peuple, mais la Nation façonnée par l’histoire réelle qui a, seule, permis à ce petit pays, à cette petite fraction de la marée humaine de marquer tant de valeurs universelles, d’ouvrir tant d’horizons possibles à d’autres Nations proches et moins proches.

Le vote du dimanche 6 mai se fera en connaissance de cause. Personne ne pourra invoquer d’erreur d’information, de communication insuffisante. C’est le choix véritable de l’avenir que chacun assumera avec le bulletin mis dans l’urne !

Jorcas

 

 

 

 

02.05.2012

Math spé

Lu dans Tweeter:

Trocadéro=21000 m2, Sarkozy dit: 200000 personnes. Donc 9,50 personnes/m2. Avec des comptes pareils, on comprend mieux les déficits

30.04.2012

Une réserve d’Indiens…pourvu que j’en sois le chef !

Des frontières à tout-va, les critères de la séparation, de l’éloignement, de la solitude chez soi comme facteurs clés d’identification du pays.

Cela vient de loin, avec les tentatives plus que regrettables autour de l’identité française, avec la stigmatisation des cibles expiatoires, tombée cette fois sur les Roms. Tout un train de paroles, quelques fois des actes administratifs qui ont donné droit de cité aux idées que seul le FN osait défendre jusqu’à présent.

Avec comme première conséquence, au lieu et place du bénéfice escompté par une majorité en mauvaise posture, ce que Jean Marie Le Pen annonçait depuis longtemps : s’il faut choisir entre l’original et la copie, c’est l’original qui l’emporte.

Or, nombreux sont ceux qui alertent sur les conséquences de cette « glissade » Le dernier en date est l’économiste Thierry Pech qui remarque « Comme devrait nous le rappeler l’expérience des années 1930, la recette idéologique de Marine Le Pen est infiniment plus redoutable que celle de son père » Son succès au premier tour de dimanche 22 étant parfaitement corrélé avec son « cocktail national-social » (Alternatives Economiques N° 313, Mai 2012)

Pourquoi cela ?

Manque de programme, fuite devant toute possibilité d’avoir à défendre le bilan de la mandature qui s’achève et avec de tels poids aux pieds, course folle vers le précipice verbal pour tenter de garder le pouvoir « à tout prix »

Quitte à envisager l’avenir du pays en petit village gaulois, en réserve d’indiens. Cela n’est que de la rhétorique de campagne électorale, sans conséquences pratiques pour le futur ? Mauvaise défense pour des hommes et des femmes qui par confort -ou lâcheté- se cachent derrière leur petit doigt. Et qui demain tenteront de se dédouaner en mettant tout sur le seul dos de celui qui a prononcé ces paroles…

Quel dommage de voir toute une partie de la Nation oublier son histoire, oublier ce qui l’a grandi, ce qui lui a permis de figurer pendant les grandes Nations malgré sa petite surface. Il est loin le temps où le RPR Michel Noir disait préférer perdre les élections que perdre son âme !

Vivement dimanche prochain que le « Peuple » dise irrévocablement vers quel avenir il se tourne !

Jorcas

 

 

 

 

28.04.2012

La fête du vrai travail

« Dans l'excellent catalogue de l'exposition "Signes de la collaboration et de la résistance" ed. Autrement 2002, p. 52, il y a deux documents concernant ce slogan.
Le n° 105 est l'affiche officielle pour le 1er mai, décrété fête officielle du régime, à cause de la Saint Philippe, et fête du travail chômée. Trois millions d'affiches célébrant le 1er mai sont placardées dans les deux zones (après autorisation allemande dans la zone nord). le propos "Je tiens mes promesses..." est une constante dans la propagande du régime jusqu'à l'occupation de la zone sud, en novembre 1942, on comprend pourquoi. Sur cette affiche de E.-M Pérot, on voit une poignée de main entre Pétain et un ouvrier avec des cheminées d'usines à l'arrière-plan et un immense "je tiens...." au premier plan et la francisque en haut. » (Extrait du blog : http://la-guerre-au-jour-le-jour.over-blog.com/article-19001673.html)

Voici l’affiche :

 

fete-du-vrai-travail.jpg

26.04.2012

De la politique et de l’économie.

Toi et tes amis de gauche, vous vous connaissez un peu en économie ?

C’est une très vieille personne qui me posait cette question. Une personne assez ouverte malgré son grand âge pour envisager d’entendre une réponse positive, alors que tant de Cassandres affirment le contraire à longueur des journées.

Pourtant, certaines choses devraient sauter aux jeux de tout le monde. Même les médias « généralistes » (comprenez, qui font leur beurre avec les jeux, les concours, le sport, les séries, surtout à grande force lacrymale) même ceux-là en parlent :

Notre planète est au bord d’une grande catastrophe écologique de par l’action de l’homme. De l’action industrielle notamment, car la cueillette de fruits dite « de subsistance » ou les randonnées à pied dans la forêt n’endommagent pas trop notre belle Terre. Pourtant, les grands ténors de « l’économie industrielle dominante » continuent à nous dire ce qui est bien et qui « sait » de quoi il parle -ceux qui disent comme eux- et qui raconte des carabistouilles.

Pendant ce temps les glaces fondent, les ressources s’épuisent et les « corrections souhaitables» sont remises au lendemain dès qu’elles sont envisagées.

C’est un grand malheur, les experts bien en cour en conviennent, mais c’est un peu la faute à pas de chance, pas celle de leurs théories !

Notre modèle social, en Europe et en particulier en France, va mal. Et ce serait la faute aux fraudeurs (2% environ, d’après les organismes de gestion). Les mêmes que tout à l’heure, qui n’ont pas eu la capacité d’empêcher cette dérive, cadenassés et bâillonnés qu’ils étaient par des affreux profiteurs, nous disent comment il faut faire pour redresser la situation : resserrer les cordons de la bourse car moins il y aura des picaillons qui en sortent plus il y en aura dedans. Fallait y penser !

Bien sûr, ce sera dur (pour les autres) mais à terme, tout le monde (vous) aurez une bonne chance de….mourir sain et guéri…

C’est encore un grand malheur, les experts bien en cour en conviennent, mais c’est un peu la faute à pas de chance, pas celle de leurs théories !

Dans le monde entier les inégalités se creusent ; des pays qui semblaient lancés pour vivre de mieux en mieux trainent des cohortes de « travailleurs pauvres » de « mal-logés » de chômeurs, de friches industrielles et habitationnelles et tout cela au moment où les chiffres de la richesse économique des nations atteignent des records inégalés. Pourtant, toujours les mêmes du début, nous font la leçon sur ce qui serait une « bonne » économie : la leur, qui profitera un jour ou l’autre à tout le monde, sans préciser dans combien de générations, celles qui seront perdantes avec en tête le mirage d’un paradis, évidemment non terrestre, mais paradis tout de même, on nous le répète…

C’est un troisième grand malheur, les experts bien en cour en conviennent, mais c’est un peu la faute à pas de chance, pas celle de leurs théories !

C’est l’économie qui veut ça, affirment sans rougir les dits experts, car ce qui vous défrise, vous autres gauchistes mal dégrossis, c’est le sujet de la politique mais pas celui de l’économie.

L’économie, tel que nos Folamour la conçoivent, serait une sorte de carapace à l’intérieur de laquelle nous, la Terre entière et les habitants qui vont avec, seraient enfermés, comme dans une sorte de noix, ayant tous les droits que l’on voudra sauf celui de chercher des règles de fonctionnement qui permettent une vie harmonieuse pour tous les reclus ; une gestion de la chair de la noix telle qu’elle n’explose pas, bref, une forme d’activité économique (ça vient du grec : Oikonomos, l’art de bien administrer la maison) qui se soucie de tout un chacun et pas seulement des « forts » des « rapides » des « haut du panier social »

Pour eux, l’économie fonctionne et ne peux fonctionner que selon la technique dite de la piscine à débordement : il y en a qui y nagent, et leurs remous font couler l’eau par les bords, et cette eau en trop arrose ceux qui se contentent de voir nager les nageurs. C’est beau, comme image, mais alors, comme théorie économique…

C’est, pour conclure les bavardages, un grand malheur, les experts bien en cour en conviennent, mais c’est un peu la faute à pas de chance, pas celle de leurs théories !

Et n’y aurait-il pas un chemin de l’économie ainsi décrite vers la gauche (politique), chemin qui serait fléché par la question : pourquoi faut-il remplir d’abord la piscine, où quelques-uns seulement se baignent pendant que d’autres, tous les autres, ont juste de quoi tremper leurs orteils dans le petit filet d’eau qui déborde ?

Et ça débouche sur un autre chemin, qui rebrousse la pente avec la question : que faut-il faire pour que l’eau arrose tout le monde et les piscines ne soient remplies qu’avec l’eau qu’on ne boira pas ?

On peut le dire autrement : le choix politique conditionne les règles économiques à mettre en place et à suivre. Ou, en langage ordinaire : on met les bœufs devant la charrue.

Impossible, disent les experts en expertise et bien en cour, l’économie fonctionne comme on vous le dit, point barre. C’est un grand malheur, conviennent-ils (en off), mais c’est un peu la faute à pas de chance, pas celle de leurs théories !

Mais, mais, il y a toujours une grande gueule qui refuse la fatalité et propose autre chose. Est-ce possible ?

Prenons un exemple : la France là, maintenant, tout de suite (enfin, après le 6 mai)

Facile ? Non, très difficile car, excusez-nous, chers experts, vous avez mis la pauvre Marianne (et nous avec) dans un sale état ; elle trempe dans une sacre mouise (et nous toujours avec). Mais si le jeu n’est pas de repomper l’eau qui dégouline pour remplir encore plus la même piscine, mais si on peut, nous aussi, un jour faire monter l’eau jusqu’aux chevilles, et ainsi de suite, on trouvera la force et la patience nécessaire. Vous savez ce que l’on dit : si le feu vaut la chandelle, ça va. Si c’est pour rester les orteils dans l’eau qui dégouline et basta, ça ne va pas.

Possible ? Oui, bien sûr. Car avec le temps, nous avons aussi nos experts à nous, qui connaissent aussi bien que vous les « règles de fonctionnement » mais les leurs sont plus équilibrées, plus égalitaires. Tenez, ces jours-ci, un de ceux qui ne veulent pas se contenter de se mouiller les orteils, a écrit un petit topo sur vos jeux de massacre et sur comment changer le cap.

C’est un brave type, Pierre-Alain Muet qu’il s’appelle, ancien professeur d’économie à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Ecole polytechnique, directeur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), il a été fondateur et président délégué du Conseil d’analyse économique.

Il vient de faire connaître ses dernières analyses dans un petit texte : « Contrevérités et tristes réalités des années Sarkozy » où il parle de comment fonctionnait votre piscine et de comment on peut commencer à faire autrement.

Je l’ai fait lire à ma vieille amie, qui s’est dit qu’au fond, il y a tout de même de l’espoir. Si ça vous tente, vous pouvez le lire ici

Il n’y a pas de formule choc, d’autant plus mensongère qu’elle est courte, genre la très lapidaire « travailler plus pour gagner plus ». Toutes ces lectures pour comprendre et ensuite accompagner nos prochains nouveaux gouvernants prennent un peu de temps. Mais il faut ce qu’il faut : remonter la pente pour sortir du gouffre où on nous a plongés demande des efforts, mais c’est pour la bonne cause !

 

25.04.2012

Banques and C°

On en a beaucoup parlé ces dernières années, beaucoup de larmes ont été versées à l’évocation des marchés financiers et de leur vitrine publique la plus visible : les banques et organisations financières. D’un côté, larmes de perdants, nombreux depuis 2007, de l’autre, en volume d’autant plus gros qu’il fallait tenter d’escamoter les précédentes, larmes de crocodile…

 

Un petit livre est venu récemment donner quelques précisions sur la vie triste, disent-ils, des banques et des banquiers. Il est écrit par M. Pascal Canfin, Député européen (EELV) et vice-président de la commission spéciale sur la crise financière. Autrement dit, témoin privilégié de la cascade de larmes de crocodile.

 

C’est un plaisir de faire une petite fiche sur ce mini grand texte et d’inciter à sa lecture. Il n’est pas cher, 5€ ; pas très long, 123 pages ; sauf le titre : « Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire » (éditions les petits matins)

 

Je ne veux pas vous gâcher le plaisir de le lire, donc je me contente de quelques petits extraits, pour vous mettre l’eau à la bouche :   

 

« Pendant les trente dernières années, les responsables politiques -de droite, mais aussi trop souvent de gauche- ont sciemment abrogé les unes après les autres les règles encadrant les activités financières. Par pure idéologie, ils ont laissé se développer une créature monstrueuse qui a totalement échappé à leur contrôle »

 

Sur les agences de notation : « obtenir qu’elles n’aient plus le droit de faire des préconisations politiques »

 

Sur le « Trading à haute fréquence » qui représente aujourd’hui 60% des transactions financières aux Etats Unis et 35% en Europe : « le trading de haute fréquence est le symbole des marchés financiers dont l’objectif n’est plus de favoriser le développement des entreprises mais de servir l’intérêt des spéculateurs »

 

Et ainsi de suite, il décrypte les mensonges derrière lesquels se cachent la défense égoïste d’un petit nombre d’acteurs privilégiés qui pompent à leur seul profit, l’essentiel du suc de l’économie.

 

C’est ce constat qui l’amène à se fixer un programme clair :

 

« S’approprier les questions financières est une des clés pour sortir de la crise. Car sans démocratisation de la finance, nous assisterons à la financiarisation de la démocratie »

 

Jorcas

 

23.04.2012

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Oui, not' Monsieur oui not' bon Maître
Lorsque l'on part aussi vaincu 
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse
Demandez-vous belle jeunesse 
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Rien à voir ?

C’est pourtant ces beaux vers de Jacques Brel qui me viennent en tête ce lundi, loin -ou peut-être pas tant que ça- des belles analyses qui fleurissent ce matin dans la presse, chacun mettant en avant ce qu’il aurait deviné…et souvent gardé pour lui !

A mon sens, la réalité est simple et pas nécessairement rassurante :

-Il y a clairement une entrée de François Hollande en tête de la dernière ligne droite.

-Il y a clairement un rejet du Président-Candidat-Sortant, quoi qu’il puisse dire ou faire pour le cacher.

-Il y a un mécontentement incompris, ou du moins pour lequel aucun des autres candidats n’a su proposer une alternative acceptable par ces 6,3 millions de personnes, pour lesquels il est difficile de dire et de croire qu’il s’agit de 6,3 extrémistes de la droite aveugle, héritière des heures d’égarement sombre du pays.

-Il y a eu ce fameux « feu de paille » de Jean Luc Mélenchon, qu’il aurait peut-être mieux protégé s’il ne s’était laissé trop vite griser par les foules qui l’ont, éphémèrement entouré principalement à trois reprises, comme on allait au bal « républicain » avant de rentrer tard à la maison et de reprendre la marche sur le sol pierreux le lendemain, oubliant des flonflons de la veille.

Et…rien n’est encore joué !

-François Hollande pourrait, devrait être le prochain Président de la République. Rationnellement, tout y est ; les solutions, les équipes, la force nécessaire. Mais le jeu électoral n’est pas toujours de la même rationalité que les analyses en cours de route.

Il n’y a pas une seconde de repos possible pour ceux qui le soutiennent, d’ici le 6 mai. Il n’y a aucun « recoin » clair ou obscur à comprendre et prendre en compte qui puisse être laissé pour plus tard.

Sauf que cela doit continuer à se faire avec le sérieux, la normalité qui seuls peuvent garantir que sa victoire sera le début du chemin qu’il annonce et tel qu’il l’annonce : sans plus de rêves que ceux possibles mais avec toute l’empathie qu’il a toujours revendiqué et montré avec ce « peuple » tant aimé dans les discours et si maltraité et méprisé ces dernières années.

-Nicolas Sarkozy continuera dans sa ligne, d’autant plus de promesses à la seconde qu’elles ne se concrétisent jamais, il l’a prouvé ces cinq dernières années, à la tête d’un pouvoir qu’il a voulu et exercé, entièrement centré sur sa personne et totalement soumis à ses seules options et décisions.

Il continuera à proposer et promettre sans cesse pour tenter d’éviter par tous les moyens que le regard ne se porte sans complaisance sur le seul bagage qu’il porte : le bilan de ses cinq années de mandature.

Alors, je me redis et je vous dis, amis lecteurs, les mêmes mots qu’au début :

Oui, not' Monsieur oui not' bon Maître
Lorsque l'on part aussi vaincu 
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse
Demandez-vous belle jeunesse 
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Jorcas

 

 

19.04.2012

Et maintenant, passons aux choses sérieuses !

Sondages, ralliements, « évolution » de certaines paroles journalistiques, tout semble indiquer que François Hollande franchira sans trop de mal la première étape de cette course de fond qu’est la présidentielle.

Pourtant, aujourd’hui, au bord de la chose, rien de ce qui est essentiel n’est joué :

-Battre Nicolas Sarkozy n’est pas un objectif en soi, mais une condition nécessaire, mais pas suffisante pour la suite, pour la remise en ordre de marche du pays.

- Les chants de sirènes des grands surfeurs qui déclarent leur flamme d’autant plus fort que celle-ci est douteuse, ou pour le moins tardive, indiquent un affaiblissement vraisemblablement insurmontable du candidat UMP. Elles ne sont pas sans danger lorsqu’elles viennent de ceux-là mêmes qui se sont si bien accommodé de la ligne politique des cinq dernières années. Leur apport, regardé au microscope et en portant des gants protecteurs peut être un sujet de réflexion utile. Mais en quoi ont-ils changé ? Quelle garantie offrent-ils d’accompagner et respecter des opinions et des choix sur lesquelles ils compissaient en cœur jusqu’à une date fort récente ?

Il ne faut toutefois pas confondre ces « amis de la XXV heure » avec ceux qui auraient de toute façon voté pour FH mais ont muri leur réflexion après lecture et comparaison des programmes. C’est, à ne pas en douter, le cas des signataires de la tribune publiée dans le Nouvel Observateur par des personnes qui se situent à l’évidence dans la nébuleuse d’une gauche démocratique, comme Jean-Pierre Mignard, Michel Wieviorka, ou Benjamin Stora ! (Lire leur tribune ici)

-Le succès d’estime indéniable obtenu par Jean Luc Mélenchon est dû pour beaucoup à ses qualités de Tribun qui ont même, semble-t-il, fait revenir aux meetings des anciens abstentionnistes. Pour beaucoup aussi ce succès est dû à la quasi mort cérébrale du reste de l’extrême gauche, dont les soutiens se sont manifestement reportés sur lui.

Mais le support verbal et programmatique de ce succès, quels que soient l’importance et l’intérêt réel de bon nombre de propositions, est un feu de paille parce que construit sans souci de réalité économique. En d’autres termes, sans possibilité de tenir, en cas de situation de responsabilité politique, ce que l’on annonce et l’on promet.

Le soutien politique annoncé au futur Président est assorti, dixit Mélenchon, de la vision « d’une gauche radicale au pouvoir dans dix ans » La possibilité d’alliance politique avec le PS au terme du processus électoral actuel est évidente. Personne ne la nie, personne ne peut la refuser car quel électeur de gauche le comprendrait ? Mais elle a des limites fortes et ne peut pas être une prise d’otage du futur Président.

Il faudra toute la capacité de négociation des uns et les autres pour faire la part d’alliance possible au bénéfice de tous et la part de menace et ce qu’elle entraine comme limitations à la confiance.

Donc, les difficultés commencent maintenant ; pour la droite, un long chemin pour se reconstruire. On ne peut que lui souhaiter, pour la bonne santé de la démocratie française, qu’elle se découvre des leaders qui lui proposent autre chose que de porter un chef dans le fauteuil qu’il convoite. Aujourd’hui, de tels chemins ne sont pas visibles. Mais c’est leur problème.

La gauche et son côté discutailleur est un petit peu à l’abri de ces dangers, mais jamais complétement, l’histoire l’a largement prouvé. François Hollande et sa « normalité » offrent un chemin « noble » Il le faut au vu de tout ce qui reste à faire. Les propositions, les efforts, les réflexions sont plus que jamais nécessaires. Les ambitions trop pressées, les jeux de construire un avenir individuel pour certains alors que nous ne sommes pas sortis de la noirceur du présent, sont autant de dangers. Ce chemin de justice, solidarité et démocratie doit être aussi la voie qui permette, en même temps, de repenser ce que nous sommes, ce que nous devons être dans le monde tel qu’il est. Un simple exemple : l’écologie ne peut plus être un « sujet additionnel » mais une composante du cœur même de nos idées.

Mais avant tout, il faut travailler à remettre le pays sur les rails en envisageant un avenir commun, solide, démocratique, incorporant le social pensé dans le cadre des contraintes écologiques.

Dans ce travail le pessimisme n’est pas de mise pas plus que l’optimisme de lendemains qui chantent sur feu de paille, mais un réalisme solidement ancré pour aller d’un pas ferme vers les possibles. Et tout difficile que soit le travail à faire, la France ne manque pas de moyens. 40 économistes et non des moindres, se prononcent clairement sur la situation : « Nous sommes économistes et suivons avec attention les débats en cours et les annonces faites par les candidats à la présidence. Nous jugeons leur ambition économique à la pertinence des options qu’ils proposent, en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l’emploi, le redressement de notre compétitivité, la régulation financière et la vision des politiques économiques européennes. Mais nous jugeons aussi de la crédibilité de leur projet, notamment la cohérence d’ensemble des propositions, leur impact sur la cohésion sociale de notre pays, la constance et la fiabilité des engagements et leur compatibilité avec les contraintes budgétaires. Un candidat se dégage à nos yeux, le plus apte à redresser la France et rassembler les français. Ce candidat, c’est François Hollande »

(Pour lire la déclaration complète, cliquer ici)

De son côté, Henri Sterdyniak, un autre économiste, se demande s’il faut continuer à soutenir l’activité ou tout faire pour réduire les dettes et les déficits publics » et fait remarquer que « les administrations publiques françaises sont certes endettées mais elles possèdent aussi des actifs physiques » « Par ailleurs, il faut considérer l’ensemble de la richesse nationale (actifs physiques moins endettement à l’étranger) : le nouveau-né français est riche en moyenne, à sa naissance, de 202 000 euros » (Pour lire sa note en entier, cliquer ici)

Autrement dit, OUI nous traversons une passe difficile, mais NON, nous ne manquons pas de solutions possibles. OUI il faut mettre en place un ensemble d’actions pour revenir à un fonctionnement moins problématique, mais NON, ce n’est pas avec de simples procédures comptables, comme le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ; « la course absurde vers le moins-disant social » « les politiques d'austérité (qui) brisent la croissance » et aggravent les difficultés, comme est en train de le constater la Grèce, l’Espagne et même, malgré tout le sérieux de M. Monti, l’Italie.

François Hollande a prévu de suivre un chemin à l’opposé de celui qui nous était promis par Nicolas Sarkozy. Il lui faut toute la légitimité possible pour pouvoir le mener à bien. C’est aux citoyens de la lui accorder.

Cela commence dimanche 22 avril puis dimanche 6 mai avec l’élection présidentielle et se termine le dimanche 17 juin avec le deuxième tour des élections législatives.

 

Jorcas